Les Codices mésoaméricains

Les peuples de la Mésoamérique possède une forme de manuscrit nommée « codex » (codices au pluriel) ou encore « livre peint ». Ces codices n’ont ni textes ni écritures – car seuls les Mayas connaissaient une véritable écriture- mais sont comparables à une bande dessinée dont le sens était très difficilement compréhensible sans le savoir d’initiés qui en avaient la signification. Les codex formaient des bandes de plusieurs mètres pliées en accordéon.

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un exemple de codex précolombien: le Codex Espangliensis (source: accordionpublications)


On peut classer d’une part les codices en fonction de leur origine, leur époque, et leur contenu thématique (économie, politique, religion) et d’autres parts par leur époque : les codex précolombiens sont postérieurs à la conquête espagnole (1519-1521) et les codex coloniaux lui sont antérieurs. On compte aujourd’hui moins d’une quinzaine de manuscrits précolombiens dont alors que l’on on dénombre plus de 500 codices coloniaux.

Le Codex Borbonicus est considéré comme l’un des grands chefs-d’œuvre de l’art aztèque, il représente non seulement la civilisation aztèque mais aussi sa philosophie. Il illustre les différentes cérémonies sacrificielles associées aux treizaines du calendrier rituel aztèque, le « tonalpohualli ». Dans la page 13 du codex on peut voir la déesse Tlazolteotl, dans le grand carré en haut à gauche du tableau. Dans la mythologie aztèque, Tlazolteotl est considérée comme la puissance régénératrice de la terre, c’est une déesse de la purification, de l’amour et de l’accouchement, symbole du pouvoir des femmes. Elle est aussi la déesse de la sexualité, souvent comparé à la Vénus romaine. En outre, elle est également considérée comme la « déesse du coton ». Ceci est représenté par son apparence, portant sa coiffe avec deux broches de coton.

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la page 13 du codex Borbonicus traitant des cérémonie sacrificielles pour la déesse Tlazolteotl (source: http://www.famsi.org)

La déesse Tlazolteotl se trouve dans une position d’accouchement, elle porte une peau écorchée, un chapeau couleurs noir et rouge, la peinture montre un enfant avec ses empreintes de pieds menant à la tête. L’enfant, comme sa mère, porte une coiffe, boucles d’oreilles, collier. Les deux serpents, l’un et l’autre à chair désincarnée sont le symbole de Ollin qui représente la dualité de la vie et la mort.
Dans un sens plus large, le codex décrit un panorama de la société aztèque en décrivant l’importance des dieux, déesses et autres divinités et nous renseignant sur la vie religieuse et superstitieuse des individus. La peinture nous donne des informations sur les cycles humains, les plantes et les animaux qui doivent être utilisés en fonction des cérémonies et dates pour les sacrifices servant à honorer les dieux.

Les codex du groupe Borgia (et les autres livres qui lui sont apparentés codex vaticanus B, Laud, Fejérvary-Mayer, Cospi) comportent également de nombreuses scènes de sacrifice humain représentatives de ces rites chez des populations de culture très être similaire à celle des Aztèques.Néanmoins la signification des dix-huit pages centrales, pourtant riche de scène mythico-rituelles, n’a pu être décryptée à l’heure actuelle.

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page 26 du codex Borgia on l’on peut voir un crâne au centre entouré de divinités et de sacrifiés (source: mexicolore.co)

Les codex Magliabechiano et Tudela, le Telleriano-Remensis et sa copie italienne le codex Vaticanus A sont tout aussi précieux, puisqu’ils traitent des dieux, des fêtes régulières ou irrégulières, de rites divers, de divination et d’un certain nombre de mythes.

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Cardiectomie dans le codex Tudela, page 21. (source: famsi.org)

 

 

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cardiectomie dans le codex Magliabechiano, page 141. (source: famsi.org)

 

Source:

www.famsi.org

archaeology.about.com

ancientscripts.com

www.wdl.org

 

Pour aller plus loin :
Codices précolombiens consultables sur internet :
Le Codex Borbonicus (Assemblée Nationale, Paris)
– Le Codex Borgia (Bibliothèque Apostolique du Vatican)
Le Codex Cospi (Bibliothèque Universitaire de Bologne)
– Le Codex Fejéváry-Mayer (Free Public Musem, Liverpool)
– Le Codex Laud (Bodleian Library, Oxford)
– Le Codex Vaticanus B (Bibliothèque Apostolique du Vatican)

Codices coloniaux consultables sur internet :
– Le Codex Magliabechiano (Bibliothèque Nationale de Florence)
– Le Codex Vaticanus A (Bibliothèque Apostolique du Vatican)

Médhi Khoulé

Religion & sacrifice

L’image du Monde

Le premier principe de vie est la chaleur « tonalli », chez les être vivant il s’agit du cœur. Le monde a aussi son propre cœur : le soleil, lui qui crée la vie sur terre, alterne les jours et les nuits, les saisons sèches et les saisons de pluies. Les Aztèques pensent que plusieurs ères se sont succédé avant l’âge présent, résultant de lutte entre divinités rivales et/ou fautes des hommes, et que chaque ères se finissaient par un cataclysme. Sous la surface de la terre, il y a l’infra-monde  composé de neuf contrées. Le Miclan, est le lieu des Mort où se retrouvent les hommes et tout ce qui vie. A l’inverse au-dessus de la terre se trouve 13 cieux dont le plus élevé est la demeure du Couple Suprême.

Les Dieux

La religion chez les Aztèques est une religion polythéiste possédant d’innombrables dieux et déesses dont de nombreux dieux agricoles parce que leur culture a été basée sur l’agriculture. La religion aztèque assimile tous les dieux y compris ceux des peuples vaincus qui entrent dans le panthéon des vainqueurs, il s’agit d’une religion fonctionnaliste : Les dieux sont voués à la conservation du monde, et sont assignés à des tâches précises.Le dieu « principal » et le plus assoiffé de sang est le dieu du soleil et de la guerre Huitzilopochtli dont le plus grand temple de Tenochtitlan, le Templo mayor, lui est dédié. Les Aztèques se considèrent comme le peuple élu du Soleil chargé d’en assurer son mouvement en le nourrissant par les sacrifices.

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Quelque dieux du panthéon Aztèque ( source: flickr )

 

Tlaloc est le dieu de la pluie, de l’eau, de la foudre. On lui attribue la vie avec l’agriculture et la mort avec les maladies et les noyades. Pour les aztèques le Terre flotte sur les océans et les montagnes sur lesquels habite Tlaloc, en compagnie de ses 400 « assistants » les Tlaloques. Dans leur palais sont entreposées d’immenses jarres contenant quatre types de pluies plus ou moins favorables aux cultures. Les Tlaloques, seigneurs des eaux célestes, des montagnes et de la foudre contrôlent aussi le maïs.

Quetzalcoatl dont le nom signifie « serpent à plumes » est un dieu originaire de la cité de Teotihuacan durant le règne Toltèques. C’est lui qui, sous la forme de Xolotl le « Dieu-chien », aurait dérobé aux enfers de Mictlantecuhtli, les ossements desséchés des morts et les arrosa de son sang pour donner vie aux hommes. C’est un dieu étranger qui fut renversé par les Aztèques, et qui dut s’enfuir vers l’est. Une prophétie prédisait qu’une année 1-roseau (année revenant tous les 52 ans) Quetzalcoatl reviendrait se venger. Les Espagnols dirigés par Hernan Cortés débarquèrent en l’an 1-roseau, venant de l’est sur les bateaux, ce qui joua grandement sur le destin des Aztèque qui, de ce fait, pensaient que cela était une punition divine.

La Pierre du Soleil est une synthèse de la cosmogonie aztèque il se trouve actuellement dans la salle mexica du Musée national d’anthropologie de Mexico vous trouverez plus d’information dans l’article qui lui est dédié : la Pierre du Soleil.

Les origines de la pratique sacrificielle

Les premiers autosacrifices sont attribués aux dieux. Selon un mythe mixtèque, il y avait au début le couple créateur suprême, couple qui réunit toutes les dualités du monde comme le haut et le bas, le chaud et le froid, le soleil et la lune, la vie et la mort etc., leurs deux fils Vent de Neuf Serpents et Vent de Neuf Caverne « honorèrent leur parent en leur «sacrifiant » de l’encens fait de tabac moulu » C’est ce mythe qui est un des piliers de la religion aztèque : faire des offrandes et sacrifices. Un autre mythe raconte que Quetzalcóatl n’offrait que de l’encens, des serpents, des oiseaux et papillons ainsi que son propre sang au couple suprême. L’autosacrifice par le sang et donc un devoir des créatures de reconnaitre leur statut de créatures et donc leur infériorité.

Destination de l’âme en fonction de la mort

La destination de l’âme dépendait de la mort, le sacrifice représentait la mort la plus glorieuse chez les Aztèques. Les guerriers morts au combat et les personnes sacrifiés, allaient accompagner le Soleil dans sa course durant quatre années au-delà desquelles ils revenaient sous forme de colibri.
Ceux rappelés par Tlaloc connaissaient le bonheur de Tlacopan, le merveilleux jardin tropical. Les enfants morts en bas âge se rendaient auprès du couple suprême, dans le Tonacaquauhtitlan, « le parc de nos nourritures », où ils vivaient sous forme d’oiseaux parmi les fleurs.
Quant aux autres – les individus morts de façon banales – ils entreprenaient un ténébreux et difficile voyage de quatre ans dans le monde souterrain de Mictlan, royaume de Mictlantecuhtli. Traversant neuf fleuves, ils entraient dans le neuvième séjour des morts où ils disparaissaient définitivement.

Médhi KHOULE

Source:

France 5 Les peuple du Soleil

www.universalis.fr

www.edelo.net

www.larousse.fr

Bibliographie:

  • Michel Graulich, Le sacrifice humain chez les Aztèques, Paris, Fayard, 2005

Les aztèques, une population sanguinaire ?

Comme vu dans l’article précédent « Les sacrifices humains vus aujourd’hui« , les aztèques sont vus comme un peuple barbare et sanguinaire. C’est pourquoi nous allons traiter dans cet article du rapport qu’avait cette population avec les peuples et cités alentours.

La puissance militaire, principale cause de l’expansion territoriale.

L’empire aztèque s’est développé jusqu’en 1519, moment de l’arrivée des espagnols. A cette date là, l’empire comprenait 400 à 500 petits états, soit cinq à six millions de personnes dispersées sur plus 207 000 km². L’armée était redoutable, avec notamment les guerriers Jaguars et les guerriers Aigles, considérés comme les piliers de cette armée. Pour la conquête, il existait un type de guerre particulier : la « guerre fleurie » (voir article: Les guerres fleuries). Nous sommes bien loin du type de guerre que nous connaissons: il s’agissait de combats où aucun mort n’était fait sur le champ de bataille, le but étant de capturer un maximum d’ennemis sur le champ de bataille. Pour cela, chacun avait un rôle bien particulier. Il y avait le cogneur, soit celui qui devait assommer l’ennemi à l’aide d’une massue édentée (et sans tuer), et celui qui ligotait le plus solidement et rapidement possible l’ennemi tout juste tombé à terre. Ces captifs étaient ensuite emmenés sur le territoire des vainqueurs pour y être sacrifiés lors d’une cérémonie. Il est important de souligner que même pour les captifs, le sacrifice reste une mort honorable, qui bénéficiera également à la famille.

Guerriers aigles aztèques représentés dans le codex florentin.

(Source: wikipédia.org)

Le commerce, autre cause de la puissance de l’empire aztèque.

Une des caractéristiques de la société des Aztèques est son commerce très développé. Il a pu se développer grâce aux routes commerciales qui se sont rapidement construites dans l’empire aztèque. Elles avaient pour centre Tenochtitlan, faisant de la capitale politique aussi la capitale économique. L’agriculture des Aztèques, extensive, prospère et ingénieuse, permettait de nourrir la population mais aussi d’avoir de quoi échanger. Les produits principalement concernés sont le maïs et les haricots pour les hautes terres, le cacao, coton, plumes d’oiseaux (qui servent aux parures) et l’obsidienne (pierre noire) pour les basses terres côtières et tropicales. Le commerce était un autre moyen de contrôler le territoire : les marchands itinérants, appelés pochteca, étaient considérés comme des semi-militaires. Ils étaient en effet souvent envoyés au combat, et pouvaient jouer le rôle d’espion à la solde de l’empire. Ils avaient un rôle important, ce qui leur donnait des privilèges.

Un empire loin d’être pacifique.

Le problème de l’empire aztèque est que le territoire était loin d’être unifié. Il existait tout d’abord des états enclavés dans le territoire aztèque, Ces derniers, ennemis de l’empire, n’étaient pas détruits par les Aztèques car ils servaient aux guerres fleuries. Prenons l’exemple de Tlaxcala: ses habitants, les Tlaxcaltèques, se considèrent comme les ennemis héréditaires des Aztèques. Largement dominés jusqu’en 1519, ils vont se rallier aux conquistadores, leur fournissant refuges et guerriers. Le fait que l’empire ne soit pas totalement unifié a conduit les aztèques à leur perte. En effet, de nombreux états enclavés et populations soumises ont rejoint les conquistadores, augmentant leurs rangs et leur permettant d’avoir une meilleure connaissance du terrain et des lieux. Ce sont ces détails qui ont fait que les espagnols, pas totalement dépassés, ont su résister et venir à bout de l’empire aztèque.

On ne peut réduire le peuple aztèque à une population sanguinaire. C’était une puissance militaire imposante, avec un système commercial développé et une population maîtrisée jusqu’à l’arrivée des espagnols. Mais leurs campagnes de conquête incessantes, ainsi que les hostilités de certaines de leurs populations, ont permis aux conquistadores de trouver des alliés et d’exploiter  rapidement les faiblesses des Aztèques.

Naya CADALEN

Sources:

Les guerres fleuries

Une guerre fleurie (ou « guerre des fleurs », qui est la traduction du mot nahuatl Xochiyaoyotl) correspond aux batailles dans lesquelles s’opposaient les Aztèques (donc les Mexicas, ou encore un de leurs alliés de la Triple Alliance, soit les Acolhuas soit les Tépanèques) et les troupes de Tlaxcala ou bien d’une autre cité de la vallée voisine, la vallée de Puebla. C’était un exercice très codifié mais également très rituel, durant lequel deux camps s’affrontaient. En général deux cités (appelées altepeme) s’affrontaient, dans le but de capturer des prisonniers prêts à sacrifier aux divinités. Le moment où la bataille avait lieu était convenu à l’avance, et elle prenait place à un endroit situé à la limite entre les deux cités et nommé cuauhtlalli ou yaotlalli.

Les chercheurs pensent aujourd’hui que le but dans une bataille était de maîtriser l’adversaire en l’attrapant par la longue touffe de cheveux que chaque guerrier portait sur la tête, plutôt que de tuer le plus grand nombre d’ennemis possible. Ainsi le combat se déroulait en plusieurs duels. Une fois un ennemi vaincu, il était fait prisonnier, était ligoté et amené dans le camp de son vainqueur. Ensuite, il était transféré dans la cité où il allait être sacrifié, et y était remis aux mains des prêtres chargés de sa mise à mort.

Les sources anciennes nous indiquent que la guerre fleurie trouve ses origines sous le règne de Moctezuma Ier. Des dérèglements climatiques auraient affamé la population de Tenochtitlan pendant cinq ans. Les dirigeants de la cité se réunirent et finirent par penser que les dieux devaient eux aussi être affamés, et que c’était pour cette raison qu’ils affamaient les humains : Tenochtitlan n’était pas entrée en guerre depuis longtemps, et l’armée ne ramenait plus de prisonniers à sacrifier. Moctezuma Ier demanda alors aux autres villes de la Triple Alliance et aux villes de Tlaxcala, Huexotzinco et Cholula (qui étaient elles aussi touchées par la famine) de livrer un combat dans la Plaine d’Acatzingo, située loin des villes participantes. Ce combat n’avait aucun but militaire ou politique, il avait pour seul objectif de rapporter des prisonniers pouvant être sacrifiés.

Les trois armées de la Triple Alliance affrontèrent donc les trois armées de Tlaxcala, Huexotzinco et Cholula. Elles firent de nombreux prisonniers, et les six dirigeants des cités procédèrent aux sacrifices lors du même jour. La pluie arriva et le climat redevint normal, mais les habitants de Tenochtitlan étaient encore affamés ; ils mangèrent alors les corps des sacrifiés, acte qui devint une coutume religieuse. La guerre fleurie fut répétée régulièrement, notamment à la demande de la cité de Tlaxcala. Tenochtitlan s’assurait un flux permanent de  potentiels sacrifiés en menant des conquêtes ; la cité se servait donc surtout des guerres fleuries pour initier les jeunes soldats au combat.

Mais ces guerres fleuries font l’objet de nombreuses controverses entre historiens modernes, à propos de leur nature mais aussi de leur finalité. Par exemple, Frederic Hicks, professeur émérite à l’université de Louisville, considère ces combats comme une occasion de s’entraîner pour les guerriers ; l’explication par la nécessité des sacrifices serait selon lui une généralisation abusive. Quant à lui, Ross Hassig, un anthropologue américain spécialiste de la culture aztèque, estime que la guerre fleurie n’était qu’une démonstration de supériorité technique militaire, et que dans les derniers temps de l’empire aztèque elle était devenue une simple première étape de conflit au sein d’un processus stratégique de conquête expansionniste.

Sources :

leconflit.com

revue3emillenaire.com

Mathilde PRADE

Les sacrifices humains vus aujourd’hui

Si nous avons décidé de faire ce blog sur le thème des sacrifices humains chez les aztèques, c’est parce que nous étions intrigués. En effet, ce thème ne laisse personne insensible, et provoque horreur, dégoût, curiosité, fascination… Après avoir présenté dans la plupart des articles le rôle et le fonctionnement de leurs rites, nous allons examiner à présent quelques idées préconçues sur le sujet. Pour cela, je me suis appuyée sur un débat disponible sur la plateforme Yahoo, dans la section Histoire: Les Aztèques et les sacrifices humains ?

Une pratique barbare.

Il est très difficile de concevoir à présent qu’on puisse ôter la vie à une autre personne pour son bien être. Encore plus perturbant est le fait que cet acte soit banalisé et si bien intégré dans la société aztèque. Une question revient souvent: comment un peuple qui est connu pour son évolution, son rayonnement culturel et ses prouesse techniques (notamment dans l’architecture de Tenochtitlan), a pu s’accommoder de cette pratique ? Mais la question qu’il faudrait se poser serait plutôt : était-ce réellement une pratique que l’on peut qualifier de barbare, au sens où la barbarie serait quelque chose d’irraisonné et de gratuit ? En effet, comme Michel Graulich le dit dans son livre Le sacrifice humain chez les Aztèques, « S’il est des choses insupportables à l’homme, c’est bien le hasard et l’incontrôlable ». Comme nous l’avons vu dans les articles: Rôle du sacrifice humain dans l’empire aztèque et Les origines mythiques du sacrifice humain, le sacrifice humain avait pour but de nourrir l’astre solaire avec l’énergie vitale des sacrifiés, afin qu’il continue d’ensoleiller les terres aztèques.

La pratique du sacrifice humain dans la société aztèque a t-elle réellement existé ?

Un livre traite de cette question : Sacrifices humains chez les Aztèques: Réalité ou prétexte colonial ? de Javier Solis Salcedo. Il met en évidence un manque de preuve laissant planer le doute sur la réelle existence de la pratique du sacrifice humain chez les Aztèques. Parmi les rares documents traitant de la pratique on retrouve le rapport officiel de Juan Diaz datant de 1518, les lettres envoyés de Hernan Cortés à Charles Quint datant du XVIème, ainsi que les documents coloniaux qui datent de la seconde moitié du même siècle. Or, suite aux expéditions espagnols qui se sont déroulées entre 1517 et 1519, aucune preuve que les conquistadores auraient assisté aux sacrifices n’a été trouvée. Certains affirment même que la pratique du sacrifice humain chez les Aztèques aurait été une invention des colonisateurs espagnols, afin de justifier les conquêtes qui avaient pour but de développer le catholicisme et d’enrichir le royaume espagnol.

Pas si loin des pratiques occidentales.

En 1487, lors de la grande consécration de la pyramide de Tenochtitlan, les Aztèques auraient sacrifié 84 000 prisonniers en quatre jours. Mais de telles horreurs n’ont pas existé que dans le monde Mésoaméricain. Prenons l’exemple d’Hiroshima et de de Nagasaki : entre 155 000 et 246 000 morts suite au bombardement atomique qui s’est abattu sur les deux villes. Pourquoi ? Parce que le gouvernement américain voulait en finir avec la Seconde Guerre Mondiale, et épargner des vies, en forçant la capitulation du Japon. Les pratiques aztèques nous choquent car ils assument le fait de tuer des personnes pour le bien de la communauté ou même d’une seule personne. Mais si nous y regardons de plus près, les aztèques, vus comme sanguinaires, considéraient cette mort comme un honneur, et il n’y avait pas autant de morts que ce que le mythe laisse entendre. De plus, le monde n’a jamais connu un climat constant et uniforme de paix, avec notamment les guerres de religion, civiles, politiques… etc. Autre exemple : la peine de mort, parfois transformée en spectacle mis en scène par les autorités, s’est perpétuée bien après la chute de l’empire aztèque, jusqu’au XXème siècle pour les pays européens. Elle est encore en vigueur dans certain état des Etats-Unis, emblème de la puissance occidentale. Sommes nous réellement en droit de critiquer ces pratiques, en connaissance de notre histoire ?

Ce ne sont pas là des prises de position, mais des idées souvent rencontrées et débattues. Ce sont celles qui me sont apparues, également, comme les plus pertinentes. A vous de vous faire votre propre avis sur le sujet.

Naya CADALEN

L’autosacrifice

L’autosacrifice, il s’agit du sacrifice de soi. Mais attention, le rite autosacrificiel ne doit pas être à but suicidaire, celui qui le pratique doit rester en vie. Il s’agit d’une coutume très répandue en Mésoamérique, qui consiste en une saignée rituelle plus ou moins douloureuse exercée sur soi. Dans presque toutes les religions, on retrouve cette coutume de mortification, de macération sous forme de privation, ou d’une torture douloureuse et simple. Ces coutumes peuvent être collectives, comme en ont témoigné des processions de flagellants, ou individuelles. Ces pratiques, chez les Aztèques, avaient lieu périodiquement, pour certaines occasions. Il pouvait s’agir de l’occasion d’un deuil récent ou d’un anniversaire, dans le but d’accomplir un vœu, d’accéder à des visions, ou encore de se purifier.

En Mésoamérique, tout être humain, depuis le nouveau-né jusqu’au roi le plus important, avait vocation à se sacrifier. Le rite autosacrificiel était collectif lors des fêtes religieuses, ou lors de circonstances exceptionnelles telles qu’une longue sécheresse ou une éclipse solaire. Mais l’autosacrifice pouvait aussi bien être individuel, dans le but d’assurer le succès d’une entreprise telle qu’une partie de chasse ou un voyage. Lors de certaines fêtes, même les bébés devaient verser leur sang. En revanche, la fréquence et la sévérité des blessures infligées par autosacrifice variaient en fonction du rang social, de la volonté et de la piété de chacun. Les dieux se sacrifiaient autant que les humains. Une catégorie de personnes se démarquait des autres : il s’agit des prêtres, qui étaient voués à se sacrifier tout le temps, tellement que leurs longs cheveux (qu’ils ne coupaient jamais) finissaient par être collés par le sang, ce qui était un symbole positif aux yeux des Aztèques.

Le rite autosacrificiel était très codifié. On pouvait saigner n’importe quelle partie du corps, mais trois parties étaient largement privilégiées : les oreilles, la langue et le pénis. Le choix de la partie du corps dépendait de quatre variables : la quantité de sang qu’on désirait verser, la douleur qu’on voulait éprouver, la valeur symbolique attachée à certaines parties du corps (en particulier le pénis et la langue), ainsi que la piété personnelle. Il faut préciser que la mutilation du pénis était l’autosacrifice par excellence. On considère qu’il y avait deux moments distincts lors des rites d’autosacrifice : la saignée, et la présentation des résultats du rite. En effet, on a retrouvé sur plusieurs sites aztèques de nombreux récipients conçus pour recevoir le sang écoulé pendant le sacrifice, et ainsi l’offrir au bénéficiaire.

En ce qui concerne les instruments utilisés pour mener à bien ces autosacrifices, l’épine d’agave était très nettement l’objet le plus utilisé à ces fins chez les Aztèques. Il s’agit de grandes feuilles avec des épines à pointe très dure et très piquante, desquelles on découpait une partie pour ne laisser les épines que sur un côté de la feuille. Parfois, les personnages très importants (en tout cas c’est attesté pour les rois) utilisaient des poinçons en os. Mais ces poinçons devaient être faits en os de félin (en général de jaguar ou de puma) ou d’aigle. En effet, le jaguar et l’aigle étaient les animaux symboliquement les plus importants, puisque le jaguar représentait le soleil nocturne, tandis que l’aigle représentait le soleil diurne. La croyance aztèque voulait que si on se servait d’un os de jaguar ou d’aigle pour s’autosacrifier, on héritait des qualités de l’animal. L’épine d’agave, quant à elle, était presque aussi importante symboliquement que le maïs ; ainsi, quand on utilisait une épine d’agave pour se mutiler, on espérait des résultats se référant au domaine de la fertilité et de la vie.

Mais pourquoi s’infliger soi-même une telle pratique ? On a d’abord longtemps cru que l’autosacrifice n’avait aucun destinataire. En réalité, d’après les sources, l’autosacrifice renvoie à la privation et à l’humiliation. Il serait plus important de se priver que de donner. Ainsi le concept de dette est très présent dans la société aztèque : on considère que l’individu, dès sa naissance, est redevable au cosmos et à l’univers de tous les bienfaits liés au fait d’être vivant, y compris les bienfaits qui peuvent arriver dans le futur. L’autosacrifice est donc également un investissement, puisque l’on paie avec son sang pour les bienfaits reçus, et ceux à venir.

Source : « Images et représentations du monde : l’autosacrifice en mésoamérique pré-colombienne », conférence de Claude Baudez

Mathilde PRADE

La rencontre des conquistadores avec le monde aztèque

Dès le XVème siècle, les premiers grands explorateurs venus du royaume d’Espagne arrivent sur le continent américain: le Nouveau Monde. Ces explorations ont pour but d’élargir les frontières du royaume, mais aussi de l’enrichir. C’est dans cette intention que Cortés arrive à Cuba (déjà contrôlé par les Espagnols) en 1511. Il va y vendre tout ses biens afin d’acheter matériels et navires, pour sa conquête. C’est ainsi que le 10 février 1519, il quitte Cuba avec 11 navires, 16 cavaliers, 518 fantassins, 13 artilleurs, 7 canons légers, 32 albalétriers, 13 arquebusiers, 110 marins et 200 esclaves, auxquels on ajoute chevaux, canons de bronze et fauconneaux.

La découverte de la pratique du sacrifice humain.

Il découvrira cette pratique à Cozumel, en même temps qu’il aura son premier contact avec les indiens d’Amérique. Il est accueilli par les Mayas qui lui offrent nourritures, plumes et or. Il découvre une grande société dirigée par un grand chef. Mais une chose l’horrifie: les pratiques barbares induisant les sacrifices humains. Cortés va donc immédiatement donner l’ordre de détruire tout les temples et les idoles des natifs, pour les remplacer par des décorations chrétiennes, soit des croix et images de la vierge Marie. Les mayas vont par la suite se montrer hostiles, mais vont être rapidement maîtrisés grâce à la puissance technologique et technique des conquistadores.

Rencontre avec les aztèques.

Les espagnols ont entendu les mayas parler de Mexico, un pays à l’ouest. Ils décident de s’y rendre, et sur le chemin ils croisent quelques canoës transportant des ambassadeurs de l’empereur aztèque : Moctezuma. Cortés décide d’instaurer un climat pacifique, en montrant armes et chevaux aux ambassadeurs qui avaient la tache d’attester la présence des Espagnols, grâce aux peintres et dessinateurs qui les accompagnaient. Ces émissaires reviendront peu après pour apporter de nouveaux présents aux espagnols. Cortés désire rencontrer Moctezuma et va jouer de son statut d’émissaire de Quetzacoatl pour y parvenir (suivant la conseil de la Malinche, sa servante et maîtresse autochtone). Mais les ambassadeurs lui refusent encore cette rencontre.

L’expédition terrestre.

L’expédition terrestre va débuter le 16 août 1519, il s’agit d’une marche vers l’intérieur du continent. Ils vont être surpris par le rafraîchissement du climat et l’existence des vallées fertiles à l’intérieur des terres. Ils vont arriver dans l’Etat de Tlaxcala, république indépendante et ennemie des aztèques. Les conquistadores vont se retrouver piéger par l’armée de la république, subissant de grandes pertes au niveau humain et animal. Les munitions et les vivres sont épuisés, mais par miracle l’ennemi accepte de reconnaître la victoire espagnole.
Les Espagnols vont repartir en route, et arrivent à Cholua, une ville sainte de l’empire aztèque, où ils seront accueillis comme des héros. Il s’agit en réalité d’une mascarade : les Aztèques voulaient décimer les espagnols dans leur sommeil. Prévenus par la maîtresse de Cortés, les espagnols décident de mener une attaque préventive, qui va mener à la mort des nobles et de 15 000 à 30 000 habitants, ainsi qu’à l’incendie de la ville. Cortés profitera de cette occasion pour adresser un message à Moctezuma, lui demandant expressément de le rencontrer et de lui fournir de l’or.

La rencontre avec Moctezuma, l’empereur des Aztèques.

Les conquistadores vont rentrer à Tenochtitlan, capitale des Aztèques, le 8 novembre 1519. Moctezuma pense avoir affaire à des envoyés des Dieux, appelés Teules, ce qui l’éblouit. Les Espagnols sont donc reçus comme des dieux à la capitale, et s’installent dans le palais du père de l’actuel empereur, Axayacatl, préparé pour l’occasion. Cortés va émettre plusieurs exigences qui vont toutes être acceptées, comme le fait d’enlever une statue d’un des deux principaux temples, pour ensuite le convertir en chapelle dédiée à la Vierge.
Pensant que ses troupes sont menacées, Cortés décide d’attaquer les indiens lors d’une fête. Mais ces derniers vont se rebeller, forçant les Espagnols à se replier dans le palais. En signe de paix, les conquistadores vont libérer Cuitlahuac, frère de Moctezuma, qui va chercher des alliés pour écraser les troupes, et est désigné nouvel empereur. Les Espagnols sont pris au piège, les vivres, l’eau et le moral commencent à manquer. Le seul moyen de survivre est de sortir se battre. Cortés décide de le faire dans la nuit aux pluies torrentielles du 30 juin au 1er juillet 1520. Les pertes sont énormes, les espagnols qui ne sont pas noyés sont sacrifiés. Mais Cortés arrive à s’échapper avec quelques hommes, poursuivis par des indiens. Malgré le désespoir, ils combattent le 7 juillet, lors de la bataille d’Otumba, qui va être remportée par les Espagnols contre toute attente. Leur général étant tué, les Aztèques abandonnent, laissant les Espagnols poursuivre leur retraite. C’est ainsi que s’achève la première rencontre entre les conquistadores et les Aztèques, qui sont désormais connus du monde occidental.

Naya CADALEN

Source:

L’empire Aztèque: le choc entre deux mondes.